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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 08:54

Ceux et celles qui sont venus à la maison ont connus ou aperçus cette chienne anachronique dans ma meute de grands chiens blancs, de format lupoïde, de couleur presque noire avec des bringures : Hambre préfixe Storm Haven. Hambre est un berger hollandais à poils court, je dis encore « est », pourtant Hambre est partie rejoindre les siens le 10 juin 2008, après 16,5 ans de vie à mes cotés. La tristesse, et la douleur émotionnelle ne m'ont pas permis de pouvoir écrire avant. Le processus de deuil s'est inexorablement enclenché, une douleur « douce » fait à présent son apparition.

Si je veux parler d'Hambre ce n'est pas pour étaler sur la place publique un émotionnel type presse people, mais pour parler d'un vécu, un vécu avec un chien particulier, différent.

A l'époque actuelle où la conformité est un modèle social encore de mise, ou l'uniformisation semble être le credo national, ou le canular grotesque des lois sur les chiens dangereux voté sur un fond d'émotionnel médiatisé met au pilori nos compagnons de chaque instant, dans cette époque actuelle, Hambre serait alors passée entre les mains de soi-disant experts du comportement, intellos des grilles d'évaluation pour finir sa vie sous la pression de la solution finale, cataloguée comme chien dangereux....

Dans notre culture judéo-chrétienne, lorsqu'un de nos proches disparaît nous avons pour coutume que les homélies rendues soient des panégyriques de vertus, encensant l'être disparu sous une tonne de merveilleux, individu exemplaire se parant de milles qualités, comme si nous voulions par ce moyen exorciser la mort, nous la rendant plus supportable, plus acceptable, les chiens quant à eux n'y échappent pas, et pourtant....

Et pourtant...oui, Hambre était potentiellement dangereuse, difficile, compliquée, ne supportant la présence d'aucun enfant, ayant à son actif avant l'âge de 1 an quelques morsures sur des bambins un peu trop agités, l'adulte quant à lui a peine toléré, estimant également que ces congénères ne devaient pas l'approcher à moins de 5 mètres, et que les chiots ne pouvaient être intéressants que sous ses crocs affûtés.

Que de remarques, de solutions et de conseils à l'emporte pièce j'ai du entendre, allant du chien dominant qu'il fallait « mater » par la violence, le collier électrique et j'en passe au chien irrécupérable qu'il fallait tuer.

J'ai refusé d'écouter, d'écouter tous ces gens férus de comportement qui analysaient le pourquoi d'un tel comportement agressif mettant en avant la responsabilité d'un éleveur incompétent, la carence de sa mère, la génétique de son père, l'incompétence de sa propriétaire (moi) sic !!

J'ai refusé d'écouter parce que je me suis noyée dans le regard d'Hambre, ce regard où le fond est inaccessible, ce regard si particulier qui vous donne l'impression que vous seul existez, que le monde autour de vous s'est arrêté, vous enveloppant dans une parenthèse d'intimité que pour rien au monde vous ne souhaitez briser, moment intemporel qui vous submerge et dont vous ne sortez qu'avec une certitude, celle de vivre le plus longtemps ensemble.
Alors au lieu de chercher à répondre au pourquoi, je me suis posée la question du comment. Acceptant sa problématique comme un handicap, le « comment vivre avec un chien cabossé de la tête... » est devenu ma réflexion quotidienne.

Nous avons ensemble avancées dans la vie, mètre par mètre, apprenant à nous connaître mutuellement moi en acceptant et anticipant ses craintes, ses peurs phobiques, ses terreurs du monde extérieur, elle en m'apprenant l'observation, la vigilance, la patience et le respect pour sa différence.
Cela n'a pas été toujours facile pour nous deux, j'ai souvent baissé les bras, fatiguée par une vigilance de presque chaque instant, elle souvent anéantie par ces terreurs qui engendrent ce regard qui « vire », ce regard de fou que certains propriétaires connaissent bien.

Notre binôme si particulier, chacune servant de béquille à l'autre ( !!!),  a fait le tour de France à deux ans et demi Hambre était championne de France, Vice championne du Monde, à quatre ans elle avait atteint le plus niveau de la discipline de recherche de personne égarée en France, elle reste à ce jour la seule femelle berger hollandais a avoir obtenue cette distinction. (quel sens devons-nous donner alors à l'exposition de beauté, et aux disciplines de travail ???!!!!)

Au fil du temps, Pilou (son surnom...) est devenue un peu plus stable, un peu plus posée, un peu plus tolérante aux agressions extérieures, restant quand même potentiellement mordeuse, la vigilance et l'observation aiguisées sont devenues une seconde nature pour moi.
Nous nous sommes rarement quittées, les années ont passées, les poils blancs sont venus envahir sa tête, le gris est venu soupoudrer la mienne !!!!! la vieillesse a fait son œuvre, perturbant un peu plus son cerveau, nécessitant de la faire dormir près de mon lit, pour pouvoir la rassurer la nuit lorsqu'elle perdait ses repères spatiaux.

Et puis une dernière fois, je me suis noyée dans son regard devenu opaque et flou comme ceux de tous les grands vieillards, lui disant adieu et la rassurant une dernière fois pendant que le produit artificiel des hommes allait faire son office abrégeant ses souffrances de très vieux chien.

Et je me sens, aujourd'hui, tout simplement amputée.....

Oui nous pouvons vivre avec un chien différent, difficile, compliqué à condition de vouloir se poser les bonnes questions et de vouloir y répondre honnêtement en regardant au fond de soi :

Qu'est-ce que l'on veut vraiment ?

Quelles sont nos véritables responsabilités quand nous vivons avec un animal, être vivant captif de nos désirs ?

Qu'au lieu de l'éternel question pourquoi ? nous puissions nous dire : comment pouvons-nous vivre le mieux possible avec ?

Et si nous laissions parler les sentiments en se disant : qu'est ce que ferait l'amour vraiment ?

Est-ce que nous allons enfin comprendre que derrière presque chaque agressivité, il y a que des peurs ? (ce qui est d'ailleurs assez similaire chez l'être humain), et qu'il ne s'agit pas de dominant dominé, schéma obsolète totalement erroné, inventé de toute pièce pour satisfaire le pouvoir et l'égo démesuré de l'être humain, autosatisfaction de sa médiocrité.

Françoise Martin







 

 

 

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